
“Close”, réalisé par Lukas Dhont
Pauvre Rémi! Pauvres garçons!
Léo porte le fardeau le plus lourd: le remords.
Générique. La périphérie d’une paisible ville de province, nichée entre la campagne et de petites entreprises industrielles, mécaniques et de services. Classe moyenne ouvrière.
Léo et Rémi sont deux enfants qui ont grandi ensemble: familles unies, maisons voisines.
Rémi est enfant unique. Pour lui Léo est le frère qu’on aime sans rivalité, l’aîné – même s’ils ont le même âge – qu’on laisse volontiers prendre l’initiative prendre les devants, par nature et par affection.
Rémi est joyeux, son visage s’illumine facilement d’un sourire, d’un rire, mais il peut s’assombrir au moindre prétexte s’il se sent délaissé, si quelque chose ne va pas. Dans ces moments-là il ne laisse rien paraître de son inquiétude, ni à ses parents, ni même à son ami. Il garde tout pour lui et exprime sa souffrance: «Je n’ai pas faim. J’ai mal au ventre».
Rémi est très sensible. Il aime la musique, étudie et joue du hautbois avec talent.
Léo a grandi entouré de fleurs ; sa famille en cultive dans les champs et les serres et les vend en gros.
Il a appris très tôt à aider aux tâches ménagères. Son frère aîné, qui étudie sans grande conviction mais adore travailler à la ferme, lui a appris à se rendre utile.
Voici un élément important à prendre en compte. La relation de Léo avec son frère aîné apporte un équilibre; Rémi est fils unique et a choisi Léo comme frère.
Les deux enfants ont toujours eu l’habitude de dormir l’un chez l’autre, dans des lits jumeaux. Si l’un d’eux a du mal à dormir, il va dans le lit de son ami.
Léo: «Tu dors?» – Rémi: «Plus maintenant» – «J’ai inventé une histoire; tu veux l’entendre?» – «Oui».
Léo se lance dans une histoire, interrompu par la voix endormie de Rémi qui, malgré sa somnolence, lui demande des détails. Rémi ferme les yeux; Léo le regarde un instant, puis s’endort à son tour.
Ils se réveillent ensemble, prennent le petit-déjeuner et jouent à chat.
Ils courent dans les champs et font semblant de se battre. Quand ils sont fatigués, ils s’allongent dans l’herbe pour se reposer; Rémi pose sa tête sur le ventre de Léo, comme sur un oreiller, ou inversement, Rémi sert d’oreiller.
Ils rentrent de l’école à vélo. Dès qu’ils aperçoivent la maison de l’un ou de l’autre, selon leurs projets, ils se lancent un défi: qui arrivera le premier? Un coup de fil suffit: «Je reste prendre le goûter chez Rémi», «Je reste dîner chez Léo», «On ira à l’école ensemble demain».
Les parents sont sereins.
Il y a longtemps, ou peut-être pas si longtemps, Léo et Rémi se seraient considérés comme meilleurs amis, en italien “amici per la pelle”, une expression que je n’ai ni entendue ni lue depuis longtemps. Meilleurs amis (amici per la pelle) c’étaient les garçons de la rue Paal (A Pál utcai fiúk, 1907) du roman de l’écrivain hongrois Ferenc Mólnar, un roman qui a bercé notre adolescence.
La bande de garçons décrite par Mólnar était très réduite, avec un seul soldat. Celle que forment Léo et Rémi l’est encore plus: Léo est János Boka, le “capitaine”; Rémi est Nemecsek, le petit soldat qui se cache dans le bassin aux poissons rouges du jardin botanique, attrape une pneumonie et meurt, fidèle à ses camarades, à l’amitié et au drapeau que “l’ennemi” a pris sur le “territoire” de la bande: un petit terrain vague entouré de logements sociaux à la périphérie de Budapest (début du XXe siècle).
L’ennemi, c’est l’autre bande de gamins qui traîne dans le jardin botanique.
Le véritable ennemi c’est le temps qui passe, qui détruira le petit champ où les ouvriers ont commencé à construire de nouveaux logements sociaux. L’ennemi c’est le besoin de grandir, auquel, finalement, le capitaine Janos Boka cède. Nemecsek, lui, n’a pas le temps de se rendre et ne laisse derrière lui que regrets et culpabilité.
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