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Sick of Myself (Kristoffer Borgli)

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Giovanni Guarino8 Dicembre 202511 Dicembre 2025No Comment

Cinéma Spazio Alfieri Florence – via dell’Ulivo, 6

“Sick of Myself”, réalisé par Kristoffer Borgli.
Signe est une belle fille scandinave. Elle a un travail, une maison, un ami: Thomas.
Apparemment, elle ne manque de rien. Pourtant Signe souffre: elle ne parvient pas à être au centre de l’attention comme elle le souhaiterait. Son problème est accentué par une relation déséquilibrée avec Thomas, qui lui aussi est constamment en quête d’admiration. Thomas est superficiel, vide comme une cloche, mais il parvient à susciter l’intérêt des autres sur lui. Les deux sont en conflit constant, Signe toujours perdante: lui au centre de l’attention, elle dans un coin, ignorée.
À chaque escarmouche, Thomas savoure la victoire qui confirme son amour pour lui-même et fait semblant de ne pas remarquer l’humiliation de sa compagne.
Signe souffre mais ne réagit pas, elle se referme sur elle-même et ne rompt pas une relation qui, alimentée par la névrose complémentaire des deux, dure depuis des années, même si est constamment sur le point de se rompre.
On ne connaît pas l’enfance de la jeune fille, mais il y a un indice. Elle déteste son père: lorsqu’elle craint de mourir elle rêve qu’on l’empêche d’assister à ses funérailles.
La mère semble déconnectée, elle ne se rend pas compte des problèmes de Signe et lui suggère de se tourner vers un groupe de médecine holistique.
”Médecine holistique” est une belle expression, sans doute; en réalité cela se traduit par les divagations d’un gourou.
Thomas est un artiste, dans le sens où il rassemble des pièces de design (notamment des chaises et des fauteuils), crée de nouvelles combinaisons et les expose. Nous sommes à Oslo; il semble que ces performances soient considérées comme une forme d’art.
Thomas n’a pas assez d’argent pour acheter les meubles qu’il assemble pour créer ses chefs-d’œuvre. Pas de problème: il les vole. C’est un extraverti, il ne met aucun obstacle entre la pensée et l’action. Signe s’emballe.
Les vols improvisés sont un simple détail.
Alors que tous deux dînent dans un restaurant, en compagnie d’autres personnes attentives à ce que Thomas dit, la jeune fille, ignorée de tous, mange volontairement des noix tout en sachant qu’elle est allergique aux fruits secs. Peut-être qu’elle n’est pas allergique et elle simule les symptômes de la maladie, mais elle parvient finalement à attirer l’attention des autres.
Lorsque le serveur du restaurant a demandé: «Quelqu’un souffre d’allergies?» et, dans le silence des autres, Signe a dit: «Je suis allergique aux fruits secs», elle avait réussi, un instant, à focaliser l’intérêt général sur sa personne.
Jusqu’à ce moment-là, elle était transparent, personne ne l’écoutait. Puis elle a mangé les noix et s’est sentie mal, ou elle a fait semblant de se sentir mal et finalement les autres l’ont remarquée. La maladie nous place au centre du monde. Nous découvrons dès l’enfance cet aspect de la vie.

Signe vit dans une ville froide à plusieurs points de vue; travaille dans un bar. On voit un gros chien passer devant la vitrine du bar; on entend des cris et des aboiements furieux. Une femme entre dans le bar en titubant et tombe au sol, inconsciente. Elle a été mordue par le chien. En l’aidant, Signe a du sang sur les mains.
Sur le chemin du retour, avec sa chemise et son visage taché de rouge, elle remarque que tout le monde la regarde enfin.
C’est ce qu’elle veut: ne pas être ignorée dans un monde dans lequel apparaître c’est exister, quelle que soit la raison pour laquelle les autres vous remarquent: sur Internet, dans les magazines, à la télévision.
Signe tente de se faire mordre par un gros chien-loup. Sa tentative est interrompue par l’intervention du propriétaire du chien.
Jusqu’alors s’étaient manifestés des troubles relationnels auquels beaucoup d’entre nous ont dû faire face à l’adolescence: céder à l’agressivité de quelqu’un plus sûr que nous, se mettre à l’écart, ne pas s’imposer. Les troubles deviennent des symptômes de maladie si l’on cherche une solution à la souffrance en provoquant davantage de souffrance.
Ici le réalisateur fait un pas pour faire avancer sa thèse (et la tension): un pas que certains – franchement, moi aussi – peuvent considérer comme imprudent. Il veut nous faire croire qu’une fille malheureuse peut provoquer la morsure d’un chien pour devenir le centre d’attention.
Cela me paraît peu probable, mais il faut ajouter que les forces et les faiblesses d’un film (ou d’un roman) ne dépendent pas de ce que le réalisateur invente mais de la manière dont il nous le raconte. Kristoffer Borgli est doué pour raconter des histoires.
Signe entame un chemin d’automutilation. Elle découvre sur Internet un médicament russe qui a été retiré de la circulation car il provoque de graves lésions cutanées. Grâce à un ami qui fréquente le côté obscur du Web, il rapporte chez lui une grande quantité de cette substance sous forme de pilules et commence à les ingérer.
Des lésions se forment sur le visage.
Avalez davantage de comprimés: les lésions s’aggravent et se propagent. Ces signes me rappellent, par analogie, les tatouages ​​qui recouvrent le cou, la poitrine, les jambes, les bras et le ventre de nombreux jeunes. Ils me rappellent les piercings plantés dans la langue, dans le nez, dans les tétons, dans le nombril.
Le film capture un aspect autodestructeur présent chez une grande partie de la jeunesse d’aujourd’hui, dont les manifestations les plus évidentes, au moins symboliques, sont les tatouages ​​et les piercings. Les tatouages ​​ne permettent pas de revenir en arrière, les piercings sont des véhicules probables d’infections.
Signe fait quelque chose de similaire, bien que beaucoup plus dangereux (c’est le même geste): elle introduit dans le corps un médicament qui provoque des éruptions cutanées de plus en plus graves et étendues.
Cela ne veut pas dire que se faire tatouer équivaut à s’empoisonner et je ne pense pas que le tatouage cause les mêmes dégâts qu’une drogue russe interdite. Cela produit peut-être des dommages minimes, mais je ne pense pas que ce soit bon pour la peau – sans préjudice du droit de chacun de faire ce qu’il veut de sa peau, de son nez, de sa langue et de son nombril.
Signe ne révèle pas la cause de sa maladie aux médecins. Les dégâts qui se produisent petit à petit ne lui suffisent pas: elle continue d’ingérer des pilules.
Le visage se déforme de plus en plus. Elle participe en vain au groupe proposé par sa mère, dirigé par le gourou.
La psychanalyse suit un chemin compliqué et ne promet pas de guérison. Le psychanalyste parle peu et n’oriente pas le patient vers une solution précise.
Le gourou du groupe explique, conseille, oriente, parle trop.
Signe parvient à obtenir un article dans un magazine très lu qui présente son visage défiguré en couverture. Elle est heureuse quand elle feuillette le magazine avec l’interview et les photos, heureuse quand les gens commencent à la reconnaître dans la rue, malheureuse quand la nouvelle d’un assassinat déplace l’article, dans la version on line du magazine, au bas de la page.
Signe contacte une agence qui, sous couvert d’inclusion, propose comme modèles des filles ne répondant pas aux standards classiques de beauté et des filles physiquement handicapées. Une modèle est aveugle, une a la main atrophiée.
Le corps de Signe subit des transformations de plus en plus sévères: elle perd ses cheveux, des caillots de sang et de peau recouvrent son visage et son cou, elle vomit du sang. Elle a finalement réussi à profiter du quart d’heure de gloire qu’Andy Warol avait promis à tout le monde, en espérant que ce ne soit pas le dernier quart d’heure de vie, comme c’est probablement le cas de Signe.
L’histoire est paradoxale. Le réalisateur sait la raconter, sait la rendre crédible et parvient à capter l’attention des spectateurs (du moins il a réussi avec moi) du incipit à la fin.
C’est un peu comme si Gregor Samsa s’était volontairement transformé en gros insecte pour se faire remarquer, pour échapper à la vie grise et anonyme du voyageur de commerce; c’est comme si “l’homme-loup” avait raconté à Freud son cauchemar (les loups l’observaient depuis les branches d’un arbre) non pas pour se libérer mais pour aboutir dans la littérature psychanalytique.

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